Societe / Au moulin

La démocratie participative, c’est beau. C’est tout l’art aussi, de lancer une idée, plus ou moins originale et servant l’intérêt général, dans le grand bain des pétitions publiques, en espérant qu’elle se fraie un couloir, sans faire de vagues mais, pourquoi pas, sur les ondes, jusqu’au débat parlementaire. Voire jusqu’à gagner force de loi, le Graal pour un citoyen pétitionnaire!

Le flot en cours n’est pas extravagant. Ni extraordinaire. Mais il existe et il ne brasse pas que le vent de l’indifférence.

Comment ne pas repérer la pétition qui porte le dossard 762 et qui, mercredi, dans sa dernière ligne droite (la fin de la période de signature est fixée au 1er mars), affichait 10.372 paraphes électroniques au compteur? Il faut dire qu’elle réclame un congé légal d’au moins trente jours pour tout le secteur privé. Cela peut motiver les signataires…

Mais on trouve bien d’autres aspirations parmi les requérants. Sur la table, il y a par exemple la légalisation du cannabis pour les maladies chroniques, avec 486 signatures apposées et un délai jusqu’au 21 mars pour faire avancer la cause.

Une autre quête attire le regard, avec ses 344 soutiens virtuels, qui ne suffiront pas à prolonger le débat, sans doute. Son auteur, agissant au nom d’un consultant en communication pour le secteur non marchand, l’entrepreneuriat social et la responsabilité sociétale, suggère l’application de sanctions financières (et à reverser au secteur associatif) aux entreprises ne respectant pas les quotas d’employabilité des personnes avec un handicap. Le bâton plutôt que la carotte, pas idiot…

Il y a aussi des idées ambitieuses, souhaitant par exemple «la reconnaissance du crime d’écocide», étant précisé qu’il s’agit de la destruction d’un écosystème sur un territoire donné, capable de menacer la survie et le bien-être des générations présentes et futures. Dans l’environnement des préoccupations, elle a recueilli 69 signatures à ce jour. Ou encore celle véhiculée par la pétition publique 760, pour «la mise en place d’un plan d’action national ambitieux et concret en matière de construction de logements». C’est d’intérêt public, à n’en pas douter. Mais cela ne rencontre que 75 marques d’un intérêt particulier.

Comme quoi, la politique peut se nourrir de la participation citoyenne, pour autant que le flux démocratique apporte le bon grain à moudre au moulin des idées.

Alain Ducat