Politique / Rien ne va plus

Les dernières provocations de Recep Tayyip Erdogan ne font qu’accentuer le fossé qui ne cesse de se creuser entre Ankara et l’Union européenne.

Le bras de fer diplomatique qui se joue entre les Pays-Bas et la Turquie n’est, quant à lui, qu’une illustration supplémentaire de la fracture entre les deux entités. Une fracture tangible et encore une fois illustrée mercredi 15 mars par le piratage massif de comptes Twitter par de présumés hackers pro-Erdogan.

La provocation est délibérée. Les injures, aux références nazies, sont injustes et intolérables. Elles doivent être fermement condamnées et l’ont été notamment par Jean-Claude Juncker.

La décision néerlandaise d’interdire à deux ministres turcs de faire campagne en faveur de la réforme constitutionnelle auprès de leur diaspora est loin d’être infondée. A deux jours d’élections dominées par le discours islamophobe de Geert Wilders, les risques de débordement étaient réels.

Et si la France a laissé se tenir la réunion du 12 mars, en Moselle, c’est qu’elle a jugé que ce meeting ne posait pas de problème particulier de sécurité.

Il n’y a pas là source à contradiction ni à division. Bien au contraire. Et alors que les attaques perdurent, l’Europe doit se montrer unie et surtout ne pas se sentir redevable vis-à-vis d’Ankara au sujet des réfugiés syriens.

Il est surtout question de politique intérieure turque. Il n’est en effet pas si évident qu’Erdogan gagne le référendum du 16 avril, qui renforcerait sa dérive autoritaire. En s’affirmant contre l’Europe, c’est aux Turcs qu’il s’adresse. Il profite ainsi d’un sentiment antieuropéen nourri de l’échec d’une adhésion dont l’UE n’a jamais réellement voulu.

Erdogan s’est en revanche bien gardé de sanctionner économiquement La Haye… qui est le premier investisseur en Turquie. Son discours électoraliste n’en demeure pas moins dangereux car il alimente le populisme européen.

Jacques Hillion