Politique / Buté

En matière de tactique, la fuite en avant a pour mérite de ne pas nécessiter de grandes explications. C’est une fédération de la force, pas de l’intelligence. Arc-boutés autour de leur candidat, les Républicains foncent, tous ensemble, avalant des couleuvres, mais de plus en plus incapables de les faire avaler par d’autres, si ce n’est leur socle de 19% d’inconditionnels. Insuffisant.

Dans la cacophonie de sa candidature présidentielle, François Fillon a marqué mercredi un moment quasi symphonique: un silence. Que c’est beau, chez Mozart, un silence! Que c’est intrigant, chez Fillon, une parenthèse de quatre heures et demie, entre une visite reportée au Salon de l’agriculture et une conférence de presse impromptue.

A l’heure du déjeuner, la révélation, par le justiciable lui-même, d’une probable mise en examen le 15 mars, relance les cuivres. Martiaux. «C’est un assassinat politique», tonne celui qui est soupçonné d’avoir employé fictivement femme et enfants aux frais de l’Etat. N’avait-il pas dénoncé précédemment un «coup d’Etat institutionnel»? La fuite en avant se construit aussi avec son lot de formules fortes, que ne dédaignerait pas l’extrême droite, tout comme les imprécations contre presse et Justice.

Lors d’une reprise en main de sa communication défaillante, Fillon avait annoncé qu’il retirerait sa candidature s’il devait être mis en examen. Ce 1er mars, il n’en était même plus question. Et que dire de ces trois juges indépendants, dont les avocats du Sarthois étaient si heureux que l’affaire leur soit confiée? Ils ne sont plus que les instruments d’un «déchaînement disproportionné» et d’une «enquête exclusivement à charge».

Pour expliquer la gestion des affaires par Fillon, un de ses proches le décrivait charitablement comme un homme aveugle et buté. Aveugle au point de ne pas comprendre ce que les gens pouvaient bien lui reprocher, buté au point de ne pas vouloir infléchir sa route. Ce qu’il a confirmé hier.

Courage, Fillon! Le premier à quitter le navire avec fracas est Bruno Le Maire, pas stupide au point de s’accrocher au boulet de la Sarthe. Fillon, l’impondérable des primaires, faux pondéré, devenu si pondéreux.

Thierry Nelissen