Eurovision: duel Russie-Ukraine en vue pour les 60 ans du concours

Sergueï Lazarev ("You are the only one")

Un duel électrique s’annonce entre les candidats de la Russie et de l’Ukraine en finale de l’Eurovision samedi à Stockholm.

« Good evening Europe! »: le concours Eurovision de la chanson fête ses 60 ans d’existence, une longévité remarquable pour ce monument du kitsch et du glamour qui réunit chaque année sous une pluie de notes et de paillettes des nations du Vieux continent déchirées par l’Histoire.

Succédant l’an dernier à Vienne au travesti autrichien Conchita Wurst, Måns Zelmerlöw avait ramené le concours en Suède pour la sixième fois, plaçant le royaume scandinave à une longueur de l’Irlande.

Quarante-deux pays sont en lice. Ils ne seront plus que 26 jeudi soir, à l’issue des demi-finales dont sont exemptés la Suède organisatrice, ainsi que l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni, plus gros bailleurs de fonds de l’Union européenne de radio-télévision (UER).

La France, défendue par le Franco-Israélien Amir Haddad avec le titre « J’ai cherché », figure dans le trio gagnant des bookmakers. Mais les parieurs misent sur un mano a mano russo-ukrainien qui fait écho au conflit mettant aux prises les deux pays depuis l’annexion par Moscou de la péninsule de Crimée en mars 2014.

Duel russo-ukrainien. D’autres bookmakers misent sur un duel russo-ukrainien opposant Sergueï Lazarev (« You are the only one »), bellâtre de 33 ans et star de la pop dans son pays, à Jamala (« 1944 »), descendante de déportés tatars. « 1944 », la chanson de cette cantatrice de 32 ans, a été autorisée par les organisateurs du concours malgré ses paroles controversées. Inspirée par les souvenirs de son arrière-grande-mère, la chanson évoque la déportation par Staline des Tatars de Crimée. Des responsables politiques, à Moscou et en Crimée, ont protesté contre ce choix destiné, selon eux, à dénigrer la Russie après qu’elle eut annexé en mars 2014 cette péninsule ukrainienne. « 1944 touche toutes les personnes ayant connu une tragédie terrible, comme l’Holocauste », avance la chanteuse.

 

‘L’Europe traverse une mauvaise passe’ –

 Conçu comme un ferment d’unité européenne, le concours de l’Eurovision disputé pour la première fois en Suisse en 1956, en pleine Guerre froide, est devenu une chambre d’écho des rivalités nationales. « L’Eurovision, c’est la fête de toute l’Europe », tempère la présidente de la télévision publique suédoise SVT, Hanna Stjärne. « L’Europe traverse une mauvaise passe, elle est divisée, mais grâce à l’Eurovision les gens se rencontrent avec des étincelles dans les yeux », plaide-t-elle dans un entretien à l’AFP. Pour la première fois de son histoire, la finale sera retransmise en direct aux Etats-Unis, par la chaîne Logo (groupe Viacom) qui se revendique « lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre » (LGBT).

L’Eurovision est depuis des décennies un monument de la culture gay, à tel point que les seuls drapeaux autorisés au moment de la retransmission sont ceux d’Etats reconnus par l’ONU, celui de l’Union européenne, et l’étendard arc-en-ciel. Ce règlement a encore suscité des polémiques cette année lorsque Palestiniens, Gallois et Basques se sont aperçus que leur drapeau figurait sur la liste noire de l’Eurovision, au même titre que celui de l’organisation Etat islamique. L’UER a finalement courbé l’échine et fait savoir qu’elle autorisait les drapeaux « nationaux, régionaux et locaux des participants, notamment gallois et same ».

Peuple autochtone des pays nordiques et de Russie, les Sames – ou Lapons – seront représentés par la Norvégienne Agnete qui avait souhaité porter la bannière de sa communauté sur scène.

Les organisateurs ont par ailleurs modifié le décompte des points à la télévision dans le but d’épicer le « final ». Jusque-là, la litanie des points attribués par chaque pays faisait que le vainqueur était généralement connu avant même que tous les résultats soient tombés. Cette année, le vote des téléspectateurs, susceptible de faire basculer les résultats, seront annoncés en toute fin de concours, après ceux des jurys professionnels.

afp