C’est qui le patron?

OLIVIER TASCH / Le nouveau CEO des Etats-Unis a donc décidé de faire ce qu’il dit. C’est a priori ce qu’on attend d’un politicien. Mais dans le cas de Donald Trump, on aurait préféré qu’il s’abstienne, surtout quand il raconte n’importe quoi. D’ailleurs, ce n’est pas vraiment un politicien auquel nous avons affaire, mais plutôt à un patron qui pense pouvoir gérer un pays comme un business. Et il est inutile de nous faire un dessin sur le niveau général de démocratie qui règne dans les entreprises. Ne voyons pas pour autant une inéluctable déréliction de la démocratie américaine qui, malgré tout ce qu’on en pense, reste solide. Trump devra se confronter à bien des obstacles et résistances s’il en venait à se lancer dans une campagne autocratique. Ne le fait-il pas déjà? Les décrets pleuvent, il gouverne de manière impulsive, quitte à prendre des décisions à la légalité plus que douteuse.

Mais la résistance est déjà en marche, dans la rue notamment, après la décision de supprimer le financement d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement, ou celle de refouler les ressortissants de «pays à risques» – mais surtout pas ceux issus de pays où le patron américain a des intérêts financiers…

La résistance ne s’organise pas seulement dans la rue car, dans une démocratie, ce n’est pas pour rien que l’on parle de garde-fous… On peut évidemment faire moult reproches au système américain, il n’en est pas moins constitué de mécanismes de contrôle politiques et juridiques. Lesquels sont précisément pensés pour étouffer l’avènement d’une dictature. A cet égard, Donald Trump est un «stress test» de la démocratie américaine.

Cela fait une dizaine de jours à peine qu’il s’est installé à la Maison-Blanche et la question de l’«impeachment», la destitution, est déjà sur toutes les lèvres. Pour l’instant, cela tient plus d’un rêve de l’opposition. La procédure peut être lancée pour trahison, corruption et autres crimes et délits majeurs. Aucun président américain n’a été formellement destitué. Relevons aussi que c’est le Congrès, contrôlé par les républicains, qui maîtrise la procédure. Il faudrait donc qu’ils abandonnent leur champion. A moins que celui-ci ne se tire une balle dans le pied, ce dont on peut raisonnablement le croire capable. Les prochaines élections législatives en novembre 2018 seront donc essentielles; une nouvelle majorité démocrate pourrait faire plier l’occupant de la Maison-Blanche. Lequel, en attendant, a tout le loisir de faire bien des dégâts. Non seulement pour les Etats-Unis, mais aussi pour ce qu’il reste du monde libre.

Car Trump est un funeste exemple de réussite, il montre que les recettes fascisantes, le rejet de l’autre, le nationalisme exacerbé permettent d’accéder au pouvoir. Les FN, AfD et consorts en Europe rêvent de prendre la même trajectoire dans leur pays. En 1924, la fiche rédigée par les services de renseignement français au sujet d’Adolf Hitler le taxe de «Mussolini allemand» et d’homme qui n’est «pas un imbécile mais […] un très adroit démagogue». Quand on pense, aujourd’hui, aux «Trump européens», n’y a-t-il pas lieu de s’inquiéter? D’autant qu’en Europe, le retour en force de l’extrême droite au pouvoir ne semble plus inimaginable.

Le remède semble tout trouvé: une réduction des inégalités sociales. Simple à dire mais, apparemment, pas si évident à faire. L’urgence est pourtant là, mais nos dirigeants semblent se convaincre du contraire. Grave erreur car, jusqu’à nouvel ordre, le patron c’est encore le peuple.