Analyse / Vers un rebond mondial des bénéfices

De la mi-2014 à la mi-2016, le ralentissement de l’activité mondiale et la chute vertigineuse du prix du pétrole avaient entraîné une baisse des résultats des entreprises, notamment dans les secteurs de l’énergie et des ressources naturelles même si peu de domaines ont été épargnés.

L’an dernier, à la même époque, beaucoup craignaient que cette «récession des résultats» n’annonce une crise économique mondiale et en communiquant maladroitement sur leurs intentions d’affaiblir leur devise, les autorités chinoises n’ont fait qu’exacerber ces doutes. Pour notre part, nous tablions sur une reprise de l’économie mondiale, des bénéfices et des marchés actions, jugeant ces inquiétudes exagérées.

Et, en effet, depuis lors, nous assistons à un fort rebond des indices de confiance des chefs d’entreprise par rapport à leur plus bas de l’hiver 2015-2016. De même, les profits des entreprises ont commencé à s’améliorer, d’abord aux Etats-Unis (dès le troisième trimestre 2016) et ensuite plus globalement.

Que nous réserve l’année 2017?

Nos économistes prévoient une année de croissance économique synchrone. Aux Etats-Unis, les consommateurs restent confiants et les espoirs de dérégulation et de réforme se joignent aux perspectives d’allègement de la fiscalité pour prolonger le cycle de croissance en cours. Dans la zone euro, le chômage baisse graduellement, les taux d’intérêt restent bas et la faiblesse récente de l’euro permet de gagner des parts de marché à l’exportation.

Enfin, dans le monde émergent, l’absence d’atterrissage brutal de l’économie chinoise se conjugue au retour de la croissance en Russie et au Brésil pour produire une accélération de l’activité économique.

De même, la croissance des bénéfices des entreprises envoyait des signaux encourageants l’an dernier. Dans toutes les régions, les entreprises mondiales n’avaient pas connu un aussi bon quatrième trimestre depuis deux ans. Le Japon arrivait en tête avec +13%, suivi par l’Europe (+11%) et les Etats-Unis (+5%). Sur les onze grands secteurs d’activité, dix ont connu des progressions de bénéfices en Europe et neuf aux Etats-Unis.

Et cette dynamique se poursuit début 2017. Alors que les analystes financiers tendent à reconsidérer rapidement leur optimisme une fois le début d’année passé, les prévisions de bénéfices font cette année de la résistance.

Pour mieux cerner la situation, nous suivons le ratio entre les révisions haussières et baissières sur trois mois glissants. Au plan mondial, il est remonté de 0,91 le mois dernier à 0,96 aujourd’hui. Les plus fortes améliorations ont été constatées au Japon et en Europe. Dans notre région, le ratio ressort à 1,06, c’est-à-dire que les révisions haussières sont majoritaires. Et cette tendance est largement partagée: sept des huit bourses suivies enregistrent des progressions, tirées par l’Espagne, la Suède et le Royaume-Uni.

Seuls les Etats-Unis font exception à cette règle: les estimations de croissance des bénéfices reculent, plaçant le ratio à 0,80. Il n’est donc pas surprenant que nous trouvions plus d’intérêt aux actions européennes (moins chèrement valorisées) qu’à Wall Street.

Alan Mudie, Responsable
de la strategie
d’investissement,
Societe Generale
Private Banking