Aménager le futur

JACQUES HILLION / Un million d’habitants… A quel prix? Telle est la question qui inquiète tant puisque, pour certains, elle intègre la remise en cause… d’un Grand-Duché, qui n’est déjà plus ce qu’il était. En effet, en quarante-cinq ans, de 1970 à 2015, la population a augmenté de 70% grâce à l’immigration, qui ne se tarit d’ailleurs toujours pas puisque, aujourd’hui, le Luxembourg se rapproche de la barre des 600.000 habitants.

Cette inquiétude réelle des uns se traduit par une réflexion sur l’identité ainsi que sur l’usage et la hiérarchie des langues. Elle occupe une place centrale dans le débat politique, mais ne tient finalement qu’insuffisamment compte de la réalité, à savoir un pays qui a su absorber une formidable croissance démographique sans pour autant perdre ses racines.

C’est tout le paradoxe de cette question du million d’habitants. D’autant plus que d’autres aiment à avancer que la barre est d’ores et déjà atteinte. Il suffit d’ajouter à la population résidente celle des frontaliers et de leurs familles qui vivent, pour partie, sous fiscalité et prestations sociales luxembourgeoises.

Cette question reste donc très théorique et un peu provocatrice. Elle se veut toutefois le reflet d’une interrogation bien plus importante qui consiste à déterminer le chemin à emprunter pour conserver notre bien-être. Une croissance économique de 4% est nécessaire pour conserver un niveau de richesse et des prestations sociales qui font bien des envieux chez nos voisins. Cela suppose donc des créations d’emplois et une poursuite de la croissance démographique.

Que le débat porte sur 700.000 habitants, comme il y a quelques années, ou sur un million aujourd’hui importe finalement peu, puisque l’enjeu se situe au niveau de la croissance et de la qualité de vie. Et donc au niveau de l’aménagement du territoire, qui devrait être capable de coordonner les différentes politiques.

Si l’un des axes de réflexion porte sur une croissance qualitative plutôt que quantitative et à n’importe quel prix, il s’agit de bien maîtriser l’évolution afin de conserver l’attrait du Luxembourg.

Zones d’habitat, de travail, de loisirs, espaces naturels, réserves foncières, transports et équipements publics deviennent des éléments clés qu’il faut parfaitement gérer.

A n’en pas douter, cela implique de nouveaux cadres de référence, le territoire n’étant pas extensible. Il n’est donc pas étonnant que l’habitat collectif se développe alors que l’habitat individuel est appelé à se raréfier. Il faudra habiter autrement, mais aussi circuler autrement.

Les bouchons ne sont pas une fatalité si de réelles alternatives au tout-voiture sont proposées. Il en est de même pour le travail, qui ne peut pas uniquement être concentré sur le pôle que constituent la capitale et ses environs.

Les plans sectoriels et la prochaine loi sur l’aménagement du territoire apporteront des réponses. Et c’est de ces dernières qu’il faut débattre plutôt que de se réfugier dans l’incertitude et la crainte. Car si le million n’est pas une fin en soi, l’avenir du Grand-Duché passe encore par un accroissement de sa population.

Surtout qu’à en croire les statisticiens, cette fameuse barre est pour très bientôt. Alors, autant s’y préparer et déterminer ce que l’on veut pour construire notre avenir. Et pour ce faire, le débat commence dès ce jeudi, à 18.30h, aux
Rotondes.